
Au détour d’une conversation, d’une vidéo, d’un article ou même d’un échange avec une IA, vous découvrez des descriptions du TDAH dans lesquelles vous vous reconnaissez. Peu à peu, une question s’installe : et si cela pouvait expliquer certaines de vos difficultés ?
Commence alors parfois un parcours plus complexe qu’on ne l’imaginait. Il faut savoir par où commencer, trouver le bon interlocuteur, comprendre ce qui compte vraiment et, surtout, éviter de réduire toute la démarche à la recherche d’un test qui dirait oui ou non.
Car ce test n’existe pas.
Le diagnostic d’un TDAH se construit à partir d’informations différentes : les difficultés actuelles, leur histoire depuis l’enfance, leurs conséquences dans la vie quotidienne, parfois le témoignage de proches, des questionnaires, l’entretien clinique et, lorsque cela est utile, une évaluation du fonctionnement cognitif.
Il faut rassembler ces pièces, regarder lesquelles vont dans le même sens et lesquelles obligent à envisager autre chose. C’est tout l’enjeu du faisceau d’indices.
À retenir
- Se reconnaître dans les symptômes du TDAH peut être une bonne raison de demander un avis, mais cela ne suffit pas pour établir un diagnostic.
- Le parcours peut commencer auprès d’un médecin ou d’un psychologue.
- Un bilan neuropsychologique peut être utile pour comprendre le fonctionnement et départager plusieurs explications, mais il n’est pas obligatoire dans toutes les situations.
- Si l’anxiété, l’épuisement, la tristesse ou d’autres difficultés prennent déjà beaucoup de place, il n’est pas nécessaire d’attendre de savoir s’il s’agit d’un TDAH pour demander de l’aide.
Dans cet article
1. Le TDAH de l’adulte : de quoi parle-t-on ?
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble du neurodéveloppement.
Cela signifie que ses premières manifestations apparaissent au cours du développement, donc pendant l’enfance, même si elles peuvent rester discrètes longtemps, changer de forme avec l’âge ou ne devenir réellement problématiques que plus tard.
Selon les critères diagnostiques actuels, un TDAH ne débute donc pas soudainement à l’âge adulte.
Chez l’adulte, il peut se manifester par des difficultés d’inattention et/ou d’hyperactivité-impulsivité. L’agitation très visible de l’enfant n’est d’ailleurs pas toujours celle que l’on retrouve plus tard. Elle peut devenir plus interne, plus difficile à décrire : impression de ne jamais vraiment pouvoir ralentir, besoin de bouger, difficulté à rester longtemps dans une activité peu stimulante.
D’autres difficultés peuvent concerner :
- l’organisation ;
- la gestion du temps ;
- les oublis ;
- le maintien de l’effort ;
- le contrôle des impulsions ;
- la difficulté à aller au bout de certaines tâches.
Le diagnostic est avant tout clinique.
Le mot peut prêter à confusion. Ici, « clinique » ne veut pas dire « à l’hôpital ». Cela signifie que le diagnostic repose principalement sur l’entretien, l’histoire de la personne, les symptômes rapportés ou observés et leurs conséquences concrètes dans la vie quotidienne, et non sur une prise de sang, une IRM ou un score isolé.
Le DSM-5-TR retient notamment que plusieurs symptômes doivent avoir été présents avant l’âge de 12 ans, persister dans le temps, apparaître dans plusieurs contextes de vie et entraîner un retentissement significatif (American Psychiatric Association, 2022).
Le retentissement, c’est ce que ces difficultés changent réellement dans une vie : arriver régulièrement en retard malgré ses efforts, oublier des démarches importantes, ne pas réussir à organiser son travail, voir les tensions s’accumuler dans le couple, passer beaucoup plus de temps que les autres à faire certaines tâches ou échouer dans des études ou au travail alors que les compétences sont là.
Être distrait, procrastiner ou perdre régulièrement ses affaires ne suffit donc pas, en soi, à caractériser un TDAH.
À l’échelle mondiale, une méta-analyse publiée en 2021 estimait à environ 2,6 % la prévalence du TDAH persistant à l’âge adulte lorsqu’un début dans l’enfance était requis. Elle estimait à environ 6,8 % la proportion d’adultes présentant un tableau symptomatique compatible sans exiger ce critère de début dans l’enfance (Song et al., 2021).
Cette différence dit déjà quelque chose d’important : les manifestations ressemblant au TDAH sont bien plus fréquentes que le trouble lui-même.
Se reconnaître dans des symptômes ne suffit pas
La médiatisation du TDAH a permis à beaucoup de personnes de mettre enfin des mots sur des difficultés anciennes. C’est une évolution utile.
Mais elle a aussi créé un autre phénomène : des expériences très générales sont parfois présentées comme typiques du TDAH alors qu’elles peuvent avoir de nombreuses causes.
Dans une étude portant sur les 100 vidéos TikTok consacrées au TDAH les plus populaires au moment du recueil, 52 % ont été classées comme trompeuses par les évaluateurs (Yeung et al., 2022).
Cela ne rend pas inutile le témoignage dans lequel on s’est reconnu. Il peut être le déclic qui fait dire : « quelque chose me pose problème, j’aimerais comprendre quoi ».
Mais se reconnaître constitue un indice, pas une démonstration diagnostique.
2. Pourquoi le diagnostic repose-t-il sur un faisceau d’indices ?
Le diagnostic du TDAH reste clinique : aucun examen biologique, examen d’imagerie ou test neuropsychologique ne permet, à lui seul, d’établir le diagnostic (Weibel et al., 2020 ; Adamou et al., 2024).
Il faut donc regarder ailleurs : dans l’histoire de la personne, dans ce qu’elle vit aujourd’hui et dans les conséquences concrètes de ses difficultés. Parfois, les indices s’accordent. Parfois, ils se contredisent, et ces contradictions sont elles aussi informatives.
Rechercher ce qui existait déjà dans l’enfance
Chez l’adulte, l’une des questions importantes consiste à rechercher si certaines manifestations étaient déjà présentes dans l’enfance.
Vingt ou trente ans plus tard, l’exercice n’est pas toujours évident.
Les souvenirs ont changé. Certaines difficultés ont été banalisées ou interprétées autrement. D’autres sont passées presque inaperçues, notamment lorsque l’environnement compensait beaucoup.
Le terme de compensation est souvent mal compris. Il ne signifie pas que la difficulté n’existe pas. Il signifie qu’elle est en partie contenue par autre chose : des parents très présents qui organisent tout, des routines très strictes, des listes, des rappels, beaucoup plus de temps consacré au travail ou, parfois, de bonnes capacités intellectuelles qui permettent de contourner certaines fragilités.
La difficulté peut donc être bien réelle tout en restant peu visible, parfois au prix d’un effort considérable.
Puis l’environnement change. Les études deviennent plus autonomes, le travail demande de gérer plusieurs priorités, les responsabilités s’accumulent, un enfant arrive ou le cadre jusque-là très structurant disparaît. Ce qui tenait à peu près jusque-là commence alors à déborder.
Les anciens bulletins scolaires, des documents de l’époque ou le témoignage d’un proche peuvent aider à reconstruire cette histoire.
Mais leur absence n’empêche pas, à elle seule, l’évaluation. Tout le monde n’a pas conservé ses bulletins, et certains proches ne sont plus disponibles ou ne peuvent pas apporter d’informations fiables. Le professionnel travaille alors avec les éléments accessibles et tient compte de ce qui peut, ou non, être établi avec suffisamment de confiance.
L’objectif n’est pas de forcer le passé à ressembler au présent, mais de voir si les difficultés actuelles s’inscrivent réellement dans une trajectoire cohérente.
Parce que les mêmes difficultés peuvent avoir plusieurs causes
La concentration et l’organisation peuvent se dégrader dans de nombreuses situations.
Un trouble anxieux peut occuper tellement de place qu’il devient difficile de rester concentré. Une dépression peut ralentir la pensée et l’initiative. Un manque de sommeil prolongé peut suffire à produire oublis, irritabilité et difficultés attentionnelles. Un trouble bipolaire, une consommation de substances, certains médicaments ou un épuisement professionnel peuvent également modifier fortement le fonctionnement cognitif.
Et plusieurs situations peuvent coexister.
Une personne peut avoir un TDAH et un trouble anxieux, ou un TDAH et un trouble des apprentissages. Elle peut aussi ne pas avoir de TDAH du tout malgré des difficultés attentionnelles très réelles.
C’est là que le raisonnement clinique commence vraiment.
La question n’est plus seulement : « Est-ce que ces symptômes ressemblent à un TDAH ? »
Elle devient :
Quelle explication rend le mieux compte de ce que vit cette personne ?
Comparer ces différentes explications possibles, rechercher ce qui les distingue et vérifier si plusieurs d’entre elles peuvent coexister correspond à ce que les professionnels appellent le diagnostic différentiel.
Les travaux consacrés à l’évaluation du TDAH chez l’adulte insistent justement sur l’importance d’un entretien approfondi, qui explore les manifestations actuelles, l’histoire développementale, le fonctionnement quotidien, les troubles associés et les autres explications possibles (Weibel et al., 2020 ; Adamou et al., 2024).
Mettre les informations en perspective
On peut disposer de beaucoup d’informations :
- le récit de la personne ;
- son histoire développementale ;
- le retentissement scolaire, professionnel, familial ou social ;
- des documents anciens ;
- le regard d’un proche ;
- des questionnaires ;
- l’entretien clinique ;
- éventuellement une évaluation psychologique ou neuropsychologique.
Toutes ne sont pas nécessaires à chaque fois, et surtout aucune ne doit être regardée seule.
Quelques symptômes ne suffisent pas. Un score élevé à un questionnaire non plus.
Ce qui compte, c’est l’histoire que les différents éléments dessinent ensemble.
3. Par où commencer ? Le parcours de soins en France
C’est souvent la première question pratique : qui consulter ?
On peut commencer auprès d’un médecin ou d’un psychologue.
Dans les deux cas, le premier travail consiste à prendre la mesure des difficultés fonctionnelles : ce qui pose réellement problème, depuis quand, dans quelles situations et avec quelles conséquences.
Le psychologue peut mener une évaluation clinique approfondie, documenter le fonctionnement de la personne, son histoire, le retentissement de ses difficultés et les différentes hypothèses possibles. Selon les besoins, cette démarche peut inclure des questionnaires, des entretiens structurés ou une évaluation neuropsychologique.
Le médecin explore lui aussi ces éléments, tout en recherchant les causes médicales ou psychiatriques éventuelles et les troubles associés.
Les deux démarches peuvent donc se rejoindre sur une grande partie du faisceau d’indices, sans avoir exactement la même finalité.
Qui pose le diagnostic médical ?
Dans l’organisation française actuelle, le diagnostic médical du TDAH relève d’un médecin formé au trouble. L’organisation nationale des filières distingue notamment un premier niveau de repérage et d’orientation, puis un second niveau confié à des médecins formés aux troubles du neurodéveloppement pour le diagnostic médical et le suivi (Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles, 2025).
Le travail réalisé auparavant par un psychologue ou un neuropsychologue n’est pas pour autant une simple étape technique. Il peut apporter une synthèse clinique argumentée, préciser le retentissement fonctionnel, comparer plusieurs explications possibles et fournir au médecin une partie importante des éléments nécessaires au raisonnement diagnostique.
Selon la situation, le parcours peut donc être relativement direct ou nécessiter plusieurs regards.
Les Centres ressources TDAH (CRTDAH) sont des structures régionales destinées surtout aux situations complexes et à la coordination de la filière. Ils n’ont pas vocation à devenir la porte d’entrée systématique de toutes les personnes qui s’interrogent sur un TDAH.
En pratique : trouver un professionnel, coût et délais
Il n’existe pas une porte d’entrée unique. Le médecin traitant peut aider à orienter. Il est également possible de contacter directement un psychologue ou un neuropsychologue qui reçoit des adultes présentant des difficultés attentionnelles ou exécutives.
Avant de prendre rendez-vous, quelques questions simples peuvent éviter les mauvaises surprises :
- le professionnel reçoit-il des adultes pour ce type de difficultés ?
- s’agit-il d’une consultation, d’une évaluation clinique ou d’un bilan neuropsychologique complet ?
- quel est le tarif annoncé ?
- combien de rendez-vous sont prévus ?
- quel est le délai avant le premier rendez-vous ?
- un compte rendu écrit est-il prévu ?
Les délais varient beaucoup selon les territoires et les professionnels. Le plus utile reste donc de les demander directement au moment de la prise de contact.
En règle générale, un bilan neuropsychologique réalisé en libéral par un neuropsychologue n’est pas remboursé par l’Assurance Maladie. Une réponse certifiée de l’Assurance Maladie portant spécifiquement sur le remboursement d’un bilan neuropsychologique en libéral confirme cette absence de prise en charge ; certaines complémentaires santé peuvent en revanche prévoir un forfait selon le contrat.
Aster Cognition
Faire le point avec Aster Cognition
Aster Cognition reçoit à Marseille les personnes à partir de 16 ans qui souhaitent mieux comprendre des difficultés attentionnelles, exécutives ou organisationnelles. Un premier rendez-vous permet de reprendre la situation et de déterminer ce qui serait réellement utile ; un bilan neuropsychologique n’est pas systématique.
Et si je vais déjà mal ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre la fin d’un parcours diagnostique pour demander de l’aide.
Si l’anxiété devient envahissante, si l’épuisement s’installe, si le sommeil se dégrade ou si la tristesse prend beaucoup de place, ces difficultés méritent d’être prises en charge même si l’on ne sait pas encore si un TDAH les explique, y contribue ou n’a finalement rien à voir avec elles.
Comprendre peut prendre du temps. Soulager ce qui fait souffrir n’a pas besoin d’attendre.
En cas de pensées suicidaires ou de détresse psychique intense, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est accessible gratuitement 24 h/24 et 7 j/7. En cas d’urgence médicale ou de danger immédiat, il faut contacter le 15.
Et après le diagnostic ?
Une fois le diagnostic posé, la prise en charge dépend des besoins de la personne.
Elle peut associer un travail de psychoéducation, c’est-à-dire mieux comprendre son fonctionnement et les difficultés rencontrées, des adaptations de l’environnement, des stratégies d’organisation, un accompagnement psychologique et, lorsqu’il est indiqué, un traitement médicamenteux.
Le psychologue peut notamment accompagner les difficultés fonctionnelles, qu’un diagnostic de TDAH soit finalement retenu ou non.
Le traitement n’est donc ni automatique ni la seule réponse possible.
4. À quoi sert alors le bilan neuropsychologique ?
C’est probablement la question qui crée le plus de malentendus.
Un bilan neuropsychologique n’est pas « le test du TDAH », et le rôle du psychologue ne consiste pas simplement à faire passer une série d’épreuves avant d’envoyer le patient chez un médecin.
La littérature consacrée au TDAH adulte souligne justement que l’évaluation neuropsychologique ne fournit pas de marqueur diagnostique individuel, mais peut apporter des informations utiles sur le fonctionnement cognitif et sur les autres hypothèses à envisager (Planton et al., 2021).
L’évaluation peut comprendre plusieurs choses :
- reprendre l’histoire développementale ;
- préciser les difficultés actuelles ;
- mesurer leur retentissement ;
- utiliser des questionnaires ;
- mener un entretien clinique structuré ou semi-structuré ;
- explorer certaines fonctions cognitives.
Le bilan devient alors l’un des éléments du faisceau d’indices.
DIVA-5 et évaluation cognitive : deux questions différentes
La DIVA-5 (Diagnostic Interview for ADHD in Adults) est un entretien semi-structuré construit à partir des critères du DSM-5. Elle reprend systématiquement les symptômes d’inattention et d’hyperactivité-impulsivité pendant l’enfance et à l’âge adulte, ainsi que leur retentissement dans différents domaines de vie (Kooij et al., 2019).
L’évaluation neuropsychologique regarde autre chose.
Elle peut explorer l’attention, la mémoire de travail ou encore les fonctions exécutives, c’est-à-dire les capacités qui permettent notamment de planifier, inhiber une réponse, changer de stratégie ou garder temporairement certaines informations en tête. Elle peut aussi s’intéresser à la vitesse de traitement, à la mémoire ou au fonctionnement intellectuel.
On peut résumer les choses ainsi :
DIVA-5 → quels symptômes, depuis quand et avec quelles conséquences ?
Bilan neuropsychologique → comment fonctionne la personne, avec quelles fragilités et quelles ressources ?
Les deux peuvent être utiles, mais les additionner ne crée pas, par magie, une preuve diagnostique. Ils doivent être replacés dans l’histoire de la personne.
Ce sont des repères, pas un verdict.
Les tests peuvent-ils malgré tout montrer un TDAH ?
Pas directement.
Une personne présentant un TDAH peut obtenir des résultats parfaitement dans la norme. À l’inverse, une personne sans TDAH peut présenter des performances faibles à certaines épreuves d’attention ou de fonctions exécutives.
Fatigue, anxiété, sommeil, dépression, traitements ou stress peuvent modifier les performances. Les tests renseignent donc sur un fonctionnement ; ils ne portent pas, à eux seuls, une étiquette diagnostique.
Le bilan peut surtout aider à poser la bonne question
Un ralentissement, des oublis, une mauvaise organisation ou une difficulté à rester concentré ne racontent pas toujours la même chose.
Deux comportements peuvent se ressembler sans avoir la même origine.
Un exemple : haut potentiel intellectuel et TDAH
Le haut potentiel intellectuel (HPI) désigne généralement un niveau de fonctionnement intellectuel particulièrement élevé, objectivé à l’aide d’une évaluation standardisée.
Le HPI en donne un bon exemple.
Certaines personnes présentant un niveau intellectuel très élevé peuvent se désengager rapidement lorsque la stimulation est faible, s’ennuyer, répondre très vite, se disperser ou fonctionner de manière très dépendante de l’intérêt.
Vu de l’extérieur, certaines de ces manifestations peuvent évoquer un TDAH.
Une étude clinique publiée en 2024 portant sur 40 enfants à haut niveau intellectuel adressés pour suspicion de TDAH et/ou de trouble spécifique des apprentissages l’illustre bien.
Dans cet échantillon, le TDAH constituait la principale préoccupation clinique à l’orientation chez 55 % des enfants. Après l’évaluation diagnostique complète, un TDAH était finalement retrouvé chez 22,5 % de l’ensemble de l’échantillon (Romano et al., 2024).
Ces deux proportions ne permettent pas de suivre individuellement chaque suspicion initiale, mais l’écart montre combien une évaluation complète peut modifier le tableau qui se dessinait au départ.
Il faut également rester prudent : il s’agit d’enfants, pas d’adultes, et d’un petit échantillon clinique. On ne peut pas en tirer une règle générale.
L’étude illustre néanmoins une chose importante : ce qui se ressemble n’est pas forcément identique.
Chercher l’explication qui suffit
C’est ce que l’on appelle le principe de parcimonie.
Le mot paraît compliqué, mais l’idée l’est beaucoup moins : si une explication suffit à rendre compte de ce que l’on observe, il n’est pas nécessaire d’en ajouter immédiatement une deuxième.
Si un haut potentiel intellectuel objectivé explique de manière satisfaisante les manifestations observées, on ne conclut pas automatiquement à un TDAH supplémentaire.
La question devient :
« Est-ce que l’hypothèse d’un TDAH explique quelque chose que le fonctionnement intellectuel, à lui seul, n’explique pas ? »
Si oui, il faut aller plus loin et rechercher notamment des manifestations anciennes, persistantes, présentes dans plusieurs contextes et suffisamment importantes pour avoir un retentissement propre.
Mais l’erreur inverse existe aussi : un niveau intellectuel élevé peut permettre de compenser certaines difficultés pendant longtemps et retarder l’identification d’un véritable TDAH.
La double exceptionnalité HPI–TDAH existe (François-Sévigny & Pilon, 2025).
Le haut potentiel n’est donc ni une preuve contre le TDAH, ni une preuve en sa faveur. C’est simplement une information supplémentaire à intégrer au raisonnement.
Comprendre les difficultés, mais aussi ce qui fonctionne
Un bilan ne sert pas seulement à chercher ce qui ne va pas.
Il peut aussi aider à comprendre pourquoi certaines situations se passent bien et d’autres beaucoup moins.
Une personne peut être très efficace lorsqu’un cadre est clair, les priorités explicites et les distractions limitées, puis se retrouver en difficulté dès qu’elle doit organiser seule plusieurs tâches concurrentes.
Cette différence peut permettre de construire des réponses très concrètes :
- modifier l’environnement ;
- mieux gérer les distracteurs ;
- externaliser certaines informations ;
- découper les tâches ;
- planifier différemment ;
- utiliser des outils de rappel ;
- travailler certaines stratégies.
La bonne question n’est donc pas seulement :
« Mes résultats ressemblent-ils à ceux d’une personne avec un TDAH ? »
Elle peut aussi devenir :
« Qu’est-ce qui me met en difficulté, qu’est-ce qui m’aide déjà et sur quoi puis-je agir ? »
Ce que le bilan ne peut pas faire
Il ne pose pas, à lui seul, le diagnostic médical de TDAH.
La situation de test est particulière : environnement calme, consignes explicites, une tâche après l’autre, présence d’un examinateur. La vraie vie ressemble rarement à cela.
Une journée de travail, ce sont des messages, des interruptions, plusieurs priorités, des décisions à prendre et parfois personne pour dire quelle tâche doit passer en premier.
Les performances varient aussi avec le sommeil, la fatigue, le stress, l’état émotionnel, les traitements ou la motivation.
Fuermaier et collaborateurs (2022) ont notamment montré l’importance des fluctuations de performance dans l’attention soutenue chez des adultes présentant un TDAH.
Un score isolé raconte peu de choses.
5. Concrètement, comment se déroule une évaluation neuropsychologique ?
Il n’existe pas une batterie universelle du TDAH.
Le contenu dépend de la question posée et de la personne rencontrée, mais on retrouve souvent les mêmes grandes étapes.
L’entretien
C’est là que tout commence.
On reprend les difficultés actuelles, mais aussi la scolarité, le parcours professionnel, l’organisation quotidienne, le sommeil, la santé, les traitements et les éventuels épisodes psychologiques ou psychiatriques.
Dans le TDAH, l’enfance compte particulièrement. Lorsque c’est possible, les anciens bulletins ou le témoignage d’un proche peuvent apporter des éléments utiles.
Les questionnaires et entretiens structurés
Ils permettent de préciser les manifestations actuelles et anciennes.
Un questionnaire de dépistage peut aider à savoir si l’hypothèse mérite d’être approfondie, mais il ne suffit pas pour conclure.
Un entretien comme la DIVA-5 va plus loin en reprenant de manière systématique les symptômes de l’enfance et de l’âge adulte ainsi que leur retentissement.
L’évaluation cognitive
Les épreuves dépendent de la question clinique.
Elles peuvent porter sur l’attention, les fonctions exécutives, la mémoire, la vitesse de traitement ou le fonctionnement intellectuel.
Le choix des outils appartient au praticien. Ce qui compte n’est pas de cocher une liste de tests attendus, mais de disposer d’informations utiles pour comprendre la situation.
La restitution
Elle ne devrait pas se limiter à annoncer des scores.
C’est le moment où les différentes informations sont remises ensemble : ce que les tests montrent, ce qu’ils ne montrent pas, ce qui correspond aux difficultés vécues, quelles hypothèses restent plausibles et, surtout, ce qu’il est possible de faire ensuite.
Un compte rendu peut être remis à la personne et, avec son accord, transmis aux autres professionnels qui participent à son parcours.
Comment préparer son rendez-vous ?
Quelques éléments peuvent être utiles :
- les anciens bulletins scolaires disponibles ;
- les bilans ou comptes rendus antérieurs ;
- la liste des traitements actuels ;
- des informations sur le sommeil et les antécédents médicaux ;
- quelques exemples très concrets des difficultés rencontrées ;
- lorsque cela est possible, des informations provenant d’un proche ayant connu la personne dans l’enfance.
Aucun de ces éléments n’est à lui seul un « ticket d’entrée » pour être entendu. Ils servent simplement à enrichir l’évaluation lorsqu’ils existent.
Les exemples concrets valent souvent mieux qu’une longue liste de symptômes.
« Je suis inattentif » dit finalement peu de choses.
« Je commence une tâche professionnelle, un message arrive, j’en ouvre une deuxième, puis une troisième, et deux heures plus tard la première est toujours inachevée » raconte déjà beaucoup plus.
En résumé
Le TDAH est un diagnostic clinique et développemental. Il ne se lit pas dans un score.
Le parcours peut commencer auprès d’un médecin ou d’un psychologue, avec la même première question : quelles difficultés existent réellement et quel est leur retentissement ?
Dans le parcours français, le diagnostic médical revient ensuite au médecin. Le psychologue ou neuropsychologue peut apporter une part importante de l’évaluation, aider à distinguer plusieurs explications possibles et accompagner les difficultés fonctionnelles.
Le bilan neuropsychologique peut ainsi aider à comprendre le fonctionnement cognitif et identifier des pistes d’action. Il n’est ni obligatoire dans toutes les situations, ni capable de trancher seul.
Et surtout, il n’est pas nécessaire d’attendre d’avoir une réponse définitive sur le TDAH pour demander de l’aide si l’on souffre déjà.
Au fond, l’enjeu dépasse la question :
« Est-ce que j’ai un TDAH ? »
Il s’agit surtout de pouvoir répondre à une autre :
Qu’est-ce qui explique mes difficultés, et qu’est-ce qui peut m’aider à reprendre la main dessus ?
Références
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